🇹🇳
Tunisie
République tunisienne
CriminaliséArt. 230 CP

Cartographier les droits · Documenter les vies

Aperçu

Profil du pays

La Tunisie présente le paysage des droits des personnes LGBTQI+ le plus complexe et le plus contradictoire de la région. Elle criminalise les actes homosexuels au titre de l’article 230 — une disposition datant de l’époque du protectorat français, en 1913 — avec des examens anaux forcés documentés, formellement condamnés par l’ONU comme constitutifs de torture. Dans le même temps, la Tunisie est le seul pays du monde arabe où existent des associations LGBTQI+ officiellement enregistrées, dont Shams (2015), Damj (2011), Mawjoudin (2015) et Chouf (2013).

L’ouverture consécutive à la révolution du Jasmin de 2011 a ouvert une fenêtre brève mais décisive, durant laquelle la société civile s’est rapidement développée. La constitution tunisienne de 2014 a été largement saluée comme la plus progressiste du monde arabe. Toutefois, la prise de pouvoir du président Kaïs Saïed en 2021 et la constitution de 2022 ont annulé une grande partie de ces acquis, laissant la société civile LGBTQI+ tunisienne évoluer dans des conditions bien plus hostiles qu’au plus fort de la transition démocratique.

La Tunisie est le seul pays de la région — et du monde arabe — où des associations ouvertement LGBTQI+ disposent d’un enregistrement légal officiel. Celui-ci demeure sérieusement menacé à la suite des bouleversements politiques de 2021-2022.
Examens forcés : la Tunisie est internationalement condamnée pour le recours aux examens anaux forcés en tant que « preuve » médico-légale au titre de l’article 230. Le Comité des Nations unies contre la torture a formellement condamné cette pratique comme une torture ou un traitement cruel, inhumain et dégradant lors de son examen de 2023. La pratique se poursuit en 2025.
Criminalisation des actes homosexuels

La loi

L’article 230 du Code pénal tunisien, adopté en 1913 sous le protectorat français, criminalise la sodomie (liwat dans la version arabe du code). La disposition est passible de trois ans d’emprisonnement. Parce qu’elle est construite autour de l’acte de sodomie plutôt qu’autour de l’identité des personnes concernées, son application aux femmes a été juridiquement contestée — même si des poursuites visant des femmes et des personnes de genre divers ont été documentées.

L’article 226 ter porte sur l’outrage public à la pudeur et est fréquemment invoqué parallèlement à l’article 230 ou indépendamment de lui, contre les personnes LGBTQI+ visibles dans l’espace public.

Disposition légale pertinente
Art. 230, Code pénal (1913/colonial)

« Sodomie » (liwat) — jusqu’à 3 ans d’emprisonnement. Art. 226 ter — outrage public à la pudeur (chef d’accusation additionnel). La disposition repose sur l’acte et non sur l’identité ; son applicabilité aux femmes a été contestée, mais des poursuites visant des femmes ont eu lieu.

Examens anaux forcés

L’aspect le plus internationalement condamné de l’application de la loi en Tunisie est sans doute le recours aux examens anaux forcés en tant que « preuve » médico-légale de la commission des infractions visées à l’article 230. Cette pratique — pratiquée par des médecins sur ordre du tribunal — a été documentée par Damj, Human Rights Watch (2013, 2016, 2022) et Amnesty International, et formellement condamnée par le Comité des Nations unies contre la torture lors de ses examens de 2017 et 2023.

« Les examens anaux pratiqués à des fins de collecte de preuves médico-légales dans le cadre de poursuites pour des actes homosexuels consentis constituent un traitement dégradant contraire à la Convention contre la torture. » — Comité des Nations unies contre la torture, 2023

Malgré cette condamnation, la pratique n’a été abolie ni par la loi tunisienne, ni par les directives médicales, ni par une instruction judiciaire. La campagne « Halte aux examens forcés » menée par Damj en 2017 a donné lieu à un mémoire juridique adressé au ministère de la Santé et au Conseil supérieur de la magistrature, resté sans réponse formelle.

Affaires documentées

Arrestations de Kairouan — 2018

Lors d’un coup de filet très médiatisé, plus de 30 personnes ont été arrêtées à Kairouan et dans d’autres villes au titre de l’article 230. Plusieurs ont été soumises à des examens anaux forcés. Ces arrestations ont suscité des réactions immédiates de Shams, de Damj et d’organisations internationales.

Affaire de Sousse — 2022

Quatre hommes ont été arrêtés à Sousse à la suite d’une descente de police lors d’un rassemblement privé. Tous les quatre ont été soumis à des examens anaux forcés. Damj a assuré leur représentation juridique ; trois ont été condamnés. L’affaire a été mentionnée dans le rapport alternatif de Damj pour l’EPU de 2022.

Données sur les poursuites

Le rapport 2020 de Shams a documenté 115 poursuites au titre de l’article 230 entre 2015 et 2020. Le rapport alternatif 2022 de Damj a ajouté 47 nouvelles poursuites au cours des deux années suivantes. Le rapport de pré-session de Shams pour l’EPU de 2025 documente 47 poursuites supplémentaires depuis 2022. Ces chiffres ne recensent que les cas documentés et sous-estiment fortement la réalité.

Loi pénale
Article 230 CP (1913)
Peine maximale
3 ans d’emprisonnement
S’applique aux femmes
Contesté — poursuites documentées
Peine de mort
Non
Examens anaux forcés
Documentés — condamnés par le CAT de l’ONU (2023)
Niveau d’application
Actif — vagues d’arrestations
Poursuites documentées (2015–2022)
162+ selon Shams & Damj
Commission de réforme (2019)
Présidentielle — abrogation recommandée ; non adoptée
Piégeage via applications
Documenté
Constitution et protections juridiques

La constitution de 2014

La constitution tunisienne de 2014 — fruit du travail de l'Assemblée nationale constituante au lendemain de la Révolution du Jasmin — a été largement saluée comme un modèle pour le monde arabe, conjuguant identité islamique et gouvernance républicaine, dispositions relatives à l'égalité de genre et Cour constitutionnelle indépendante. Elle comportait de larges dispositions en matière d'égalité et de dignité, mais n'incluait aucune protection fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre (OSIG). Elle garantissait la liberté de conscience et instituait une Cour constitutionnelle indépendante (jamais pleinement constituée en raison du blocage politique).

La constitution Saïed de 2022 — un recul

La constitution de 2022 du président Kaïs Saïed, adoptée par référendum dans des conditions que des organisations de la société civile ont qualifiées d'antidémocratiques, a profondément modifié le paysage constitutionnel tunisien. La nouvelle constitution :

  • a affaibli l'indépendance de la justice en supprimant le Conseil supérieur de la magistrature ;
  • a concentré le pouvoir exécutif au sein de la présidence ;
  • a réintroduit un discours identitaire islamique plus marqué ;
  • a supprimé les dispositions explicites sur le caractère civil de l'État ;
  • a affaibli le statut constitutionnel de la société civile.

Des organisations LGBTQI+, dont Shams et Damj, ont publié des communiqués condamnant la constitution de 2022 comme une régression. Le démantèlement de l'indépendance judiciaire supprime un mécanisme clé qui avait partiellement protégé les organisations des tentatives de dissolution par l'État — comme dans l'affaire de 2017 où les tribunaux avaient confirmé l'enregistrement de Shams.

OSIG dans la constitution
Non mentionnée (2014 ou 2022)
Clause d'égalité
Large (2014) — restreinte (2022)
Clause d'identité islamique
Renforcée en 2022
Indépendance de la justice
Affaiblie sous Saïed 2021–22
Cour constitutionnelle (2014)
Instituée — jamais constituée
Constitution actuelle
2022 (Saïed) — régressive
Statut de la société civile
Affaibli en 2022
Lutte contre les discriminations, crimes de haine et discours de haine

Le droit tunisien ne prévoit aucune protection contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre en matière d'emploi, de logement, d'éducation ou de santé. La loi de 2017 relative à l'élimination de la violence à l'égard des femmes (loi 58-2017) a constitué une avancée majeure pour la défense des droits des femmes, mais elle n'inclut pas de protections explicites pour les femmes LGBTQI+ ni de reconnaissance des violences fondées sur l'OSIG.

Crimes de haine

Il n'existe en Tunisie aucun cadre relatif aux crimes de haine pour les violences fondées sur l'OSIG. Les violences visant les personnes LGBTQI+ — agressions, viols et violences « correctives » — ne sont poursuivies, lorsqu'elles le sont, qu'au titre des dispositions pénales générales, sans reconnaissance de leur motivation discriminatoire. Le rapport de 2021 de Damj sur l'accès à la justice documente l'extrême réticence des victimes LGBTQI+ à signaler les violences aux autorités, dès lors qu'un signalement expose la victime à des poursuites au titre de l'article 230.

Accès aux soins

Damj gère une ligne de soutien psychosocial et oriente vers des prestataires de santé de confiance. Le soutien en santé mentale pour les personnes LGBTQI+ est largement indisponible au sein du système public. Les appels reçus sur la ligne de soutien de Damj ont augmenté de 35 % en 2024.

Protection à l'emploi (OSIG)
Aucune
Protection au logement
Aucune
Santé (OSIG)
Accessible via Damj et le réseau associatif
Loi 58-2017 (VFF)
Ne couvre pas explicitement les personnes LGBTQ+
Loi sur les crimes de haine (OSIG)
Aucune
Loi sur le discours de haine (OSIG)
Aucune
Risque lié au signalement des violences
Élevé — la victime peut être poursuivie
Soutien psychosocial
Assuré par Damj — demande croissante
Relations, famille et adoption

Les relations entre personnes de même sexe ne bénéficient d'aucune reconnaissance légale en Tunisie. Le Code du statut personnel (1956) — réforme emblématique du président Bourguiba, qui a aboli la polygamie et accordé aux femmes des droits étendus — définit le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme. Il n'existe ni union civile ni cadre de partenariat de vie commune.

La commission présidentielle de 2017 (COLIBE)

En août 2017, le président Béji Caïd Essebsi a institué la Commission des libertés individuelles et de l'égalité (COLIBE) — le seul organe public officiel du monde arabe à examiner formellement la criminalisation de l'homosexualité. Le rapport de la COLIBE, publié en juin 2018, recommandait l'abrogation de l'article 230 et l'harmonisation de la majorité sexuelle. Le rapport n'abordait pas la reconnaissance des unions.

Le président Essebsi n'a pas soumis les recommandations de la COLIBE au parlement avant son décès en juillet 2019. Aucun gouvernement successeur n'a relancé ces propositions. La présidence Saïed a explicitement rejeté la dépénalisation. Le rapport de la COLIBE n'en demeure pas moins un jalon important, étant la seule recommandation officielle de dépénalisation émanant d'un gouvernement maghrébin.

Mariage entre personnes de même sexe
Non
Union civile
Non
Partenariat de vie commune
Non
Adoption conjointe
Non
Adoption par le second parent
Non
Recommandation de la COLIBE (2018)
Dépénalisation uniquement — pas de reconnaissance des unions
Suites législatives (COLIBE)
Aucune — décès d'Essebsi en 2019, Saïed hostile
Reconnaissance du genre et protection des personnes intersexes

La Tunisie ne prévoit aucune reconnaissance légale du genre pour les personnes transgenres. Le Code de l'état civil définit le genre comme binaire et immuable. Il n'existe aucune procédure administrative ou judiciaire permettant le changement de nom ou de la mention de genre. Les personnes trans sont donc dans l'impossibilité d'obtenir des documents correspondant à leur identité, avec de lourdes conséquences dans tous les domaines de la vie : emploi, déplacements, santé et interactions avec les autorités.

Personnes trans et criminalisation

Les personnes trans — en particulier les femmes trans — sont exposées à des poursuites au titre de l'article 230 comme de l'article 226 ter (atteinte aux bonnes mœurs). Le ciblage policier des femmes trans visibles est documenté dans plusieurs rapports de Damj et de Human Rights Watch, les femmes trans étant soumises à des détentions arbitraires répétées, à des examens forcés et à des mauvais traitements en détention. Les personnes trans représentent une part disproportionnée des arrestations arbitraires recensées par Damj.

Personnes intersexes

La Tunisie ne dispose d'aucun cadre juridique protégeant les droits ou l'autonomie corporelle des personnes intersexes. Les interventions médicales pratiquées sur des enfants intersexes pour « normaliser » leurs caractéristiques sexuelles ne sont pas encadrées et s'effectuent en l'absence de tout cadre de consentement ou de contrôle indépendant. Des organisations de la société civile, dont Chouf, ont commencé à intégrer les questions intersexes dans leur plaidoyer, mais aucune force politique ne porte de projet de réforme.

Reconnaissance légale du genre
Non disponible
Changement de nom
Non disponible
Soins d'affirmation de genre
Non disponibles (public)
Reconnaissance non binaire
Non
Personnes trans — risque d'arrestation
Élevé — ciblage disproportionné
Femmes trans — examens forcés
Documentés
Protection des personnes intersexes
Aucune
Consentement médical (intersexe)
Aucune obligation légale
Asile, migration et protection internationale

Demandeur·euses d'asile LGBTQI+ tunisien·nes en Europe

La France, l'Allemagne, la Belgique et la Suisse sont les principales destinations des demandeur·euses d'asile LGBTQI+ tunisien·nes. L'existence d'une infrastructure de plaidoyer organisée en Tunisie — Shams et Damj — fait que les demandeur·euses d'asile venant de Tunisie disposent souvent de preuves documentées de leur engagement auprès d'organisations de la société civile, ce qui peut étayer l'évaluation de la crédibilité dans les procédures d'asile européennes.

Le rapport de la COLIBE (2018) et les décisions des organes de traités de l'ONU (dont la condamnation de 2023 par le Comité contre la torture, CAT) constituent des preuves documentaires précieuses dans les procédures d'asile.

Migrant·es subsaharien·nes en Tunisie

Le discours du président Saïed en février 2023, présentant les migrant·es d'Afrique subsaharienne comme l'élément d'un complot de « remplacement démographique », a déclenché une vague de violences et d'expulsions forcées de migrant·es africain·es en Tunisie. Les personnes LGBTQI+ au sein de cette population se trouvent dans une situation d'extrême vulnérabilité, le gouvernement de Saïed ayant supprimé jusqu'aux maigres protections qui existaient auparavant.

Convention de Genève sur les réfugiés
Signataire (1957, Protocole de 1967)
Procédure d'asile nationale
Dépendante du HCR — système formel faible
Asile en France / dans l'UE
Tunisien·nes LGBTQ+ reconnu·es comme GSP
Rapport COLIBE — valeur pour l'asile
Document de preuve clé pour les demandes d'asile
Migrant·es subsaharien·nes
Extrêmement vulnérables — hostilité de Saïed
Engagement auprès de l'ONU et à l'international

La Tunisie présente le bilan d'engagement onusien le plus substantiel parmi les trois pays du Maghreb. Shams et Damj ont soumis des rapports alternatifs à plusieurs organes de traités, notamment l'EPU (2017, 2022), le Comité des droits de l'homme du PIDCP (2020) et le Comité contre la torture (2016, 2023). Le suivi de 2023 du Comité contre la torture relatif aux examens forcés est particulièrement significatif : il représente l'une des applications les plus claires, à l'échelle mondiale, de la Convention contre la torture à cette pratique.

Le processus de la COLIBE (2017–2018) a constitué une articulation inhabituelle entre les normes internationales des droits humains et un réexamen juridique national — la commission a explicitement invoqué les obligations découlant du PIDCP dans sa recommandation d'abroger l'article 230. Cette recommandation a été aussitôt étouffée par les forces conservatrices et n'a pas été relancée.

Mécanisme / AnnéeRecommandation ou résultatRéponse de l'État
2008 — EPU cycle 1Dépénalisation recommandée par plusieurs ÉtatsPris note — aucune suite
2012 — EPU cycle 2Plusieurs recommandations relatives à l'OSIGPris note
2017 — EPU cycle 3Shams soumet son premier rapport alternatif ; dépénalisation recommandéePris note — COLIBE créée en 2017
2018 — Rapport COLIBELa commission présidentielle recommande l'abrogation de l'art. 230 et une majorité sexuelle égaleDécès d'Essebsi en 2019 ; non adopté
2020 — Comité des droits de l'homme (PIDCP)Abrogation de l'art. 230 et fin des examens forcés recommandéesAucune suite
2022 — EPU cycle 4Shams et Damj soumettent des rapports alternatifs ; plus de 12 États recommandent la dépénalisationEn cours d'examen
2023 — Examen CATExamens anaux forcés formellement condamnés comme torture ou peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradantsSuivi publié en mai 2025 ; réponse attendue
2023 — Examen CCPRAbrogation de l'art. 230 ; interdiction des examens forcés ; protections contre la discrimination recommandéesAucune suite sous Saïed
IE-SOGIA soulevé publiquement les examens forcés en TunisieVisite officielle non approuvée
Dialogue bilatéral avec l'UECritères en matière de droits humains ; fermetures d'associations et examens forcés soulevésImpact national limité
Événements clés et chronologie juridique
Juridique / répressif Communauté / plaidoyer Contexte politique
1881
Début du protectorat français
Introduction des codes juridiques européens en Tunisie, qui façonneront le cadre pénal conservé après l’indépendance. Les dispositions morales de l’époque coloniale survivront dans le code moderne.
1913
Promulgation du Code pénal — art. 230
L’article 230 du Code pénal criminalise les actes entre personnes de même sexe. Origine coloniale. S’applique à tous les genres : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement.
1956
Indépendance et Code du statut personnel
Indépendance de la France. Le Code du statut personnel de Bourguiba abolit la polygamie et accorde aux femmes des droits étendus ; le mariage est défini comme l’union d’un homme et d’une femme.
2011
Révolution et décret-loi sur les associations
La révolution de 2010–2011 met fin au régime de Ben Ali. Le décret-loi 88-2011 facilite considérablement l’enregistrement des associations, ouvrant un espace à la société civile.
20xx
Création de Damj
Officiellement enregistrée en 2011, au titre du nouveau décret-loi sur les associations.
20xx
Création de Chouf
Officiellement enregistrée en 2013.
2014
Constitution de 2014
Saluée comme progressiste ; elle garantit la liberté de conscience mais ne contient aucune protection relative à l’OSIG. Une Cour constitutionnelle est prévue mais jamais constituée.
20xx
Création de Shams
Enregistrée en 2015.
20xx
Création de Mawjoudin
Enregistrée en 2015 ; fondera plus tard le premier festival du film queer de la région.
2017
Création de la COLIBE
Le président Essebsi institue la Commission des libertés individuelles et de l’égalité — seul organe officiel du monde arabe à examiner la dépénalisation.
2017
Suspension de Shams annulée
Après la tentative du gouvernement de suspendre Shams, le Tribunal administratif de première instance confirme son existence légale — un précédent invoqué dans toute la région.
2018
Rapport de la COLIBE
Recommande l’abrogation de l’article 230 et une majorité sexuelle égale. Jamais soumis au parlement.
2018
Mawjoudin Queer Film Festival
Première édition — premier (et toujours unique) festival du film queer du monde arabe.
2019
Décès d’Essebsi — COLIBE enterrée
Le président Essebsi meurt en juillet sans avoir soumis les recommandations de la COLIBE. Aucun gouvernement successeur ne les relance.
2020
Comité des droits de l’homme (PIDCP)
Le Comité recommande l’abrogation de l’article 230 et la fin des examens anaux forcés. Aucune suite de l’État.
2021
Saïed s’arroge des pouvoirs exceptionnels
En juillet, le président Saïed suspend le parlement et gouverne par décret, réduisant l’espace civique.
2022
Nouvelle constitution et décret-loi 54
La constitution de 2022 concentre le pouvoir et affaiblit la société civile. Le décret-loi 54 sur les « fausses informations » devient le principal instrument de poursuite des voix critiques.
2022
4e cycle de l’EPU
Shams et Damj soumettent des rapports alternatifs ; plus de 12 États recommandent la dépénalisation.
2023
Discours anti-migrants et violences
Le discours de février du président Saïed sur le « remplacement démographique » déclenche des violences et des expulsions forcées visant les migrant·es subsaharien·nes ; les migrant·es LGBTQI+ sont particulièrement exposé·es.
2023
Le CAT condamne les examens forcés
Le Comité contre la torture condamne formellement les examens anaux forcés en tant que torture ou mauvais traitements.
2024
Arrestations massives de journalistes et d’activistes
Les autorités poursuivent journalistes, avocat·es et activistes au titre du décret-loi 54. En mai, des membres d’associations enregistrées venant en aide aux migrant·es et réfugié·es sont arrêté·es. Le rétrécissement de l’espace civique entrave directement l’organisation LGBTQI+.
2025
Intensification de la répression de la société civile
Des organisations de défense des droits sont suspendues et menacées de dissolution au motif d’un « financement étranger suspect » ; des avoirs sont gelés et des journalistes emprisonné·es. Les associations LGBTQI+ font face à un risque accru de fermeture.
Archives d'un mouvement

Archives d'un mouvement

Carto-Queer NA — à propos de cette sélection
Carto-Queer NA

Un aperçu, non un panorama complet

Cette liste n'a rien d'exhaustif : elle ne recense pas l'ensemble des collectifs et des initiatives à l'œuvre dans le pays. Elle offre un aperçu de l'engagement et de la constance dont les mobilisations queers ont fait preuve ici au fil des dernières décennies — un travail mené, souvent dans la discrétion et au prix de risques réels, par bien plus de groupes et de personnes qu'une seule archive ne saurait contenir.

Si votre collectif ou votre initiative souhaite figurer dans Carto-Queer NA, nous serions ravi·es d'échanger avec vous. Écrivez-nous et aidez-nous à enrichir cette mémoire.

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Chouf — organisation féministe (Tunisie)
C
Chouf
Une organisation féministe pour les droits corporels & sexuels des femmes (Tunisie)
OrganisationFéministeTunisie

À propos de l'organisation

Chouf (شوف, « regarde » en arabe tunisien) est une organisation féministe tunisienne qui se mobilise pour les droits corporels et sexuels des femmes. Elle repose sur une structure horizontale qui refuse toute hiérarchie entre ses membres et se définit comme un collectif d'activistes audiovisuel·les : les outils audiovisuels lui apparaissent comme les plus à même d'avoir un impact immédiat sur son environnement et de déconstruire les clichés et les agressions auxquels les femmes font face au quotidien.

Ses objectifs convergent vers une même exigence : offrir aux femmes tunisiennes — et plus particulièrement aux femmes queers — un espace de parole et de construction difficile à obtenir autrement, face à la double oppression qu'elles subissent en tant que femmes et en raison d'orientations sexuelles jugées contraires aux normes admises. Dans un contexte post-révolutionnaire, Chouf définit le féminisme comme une prise de conscience et une déculpabilisation de se vivre en tant que femme — dans la liberté de pensée comme de corps — plutôt que comme l'affaire d'un quelconque système politique ; loin de tout nationalisme, ses luttes s'ancrent dans une réalité sociale et géographique concrète, la sienne.

HUMAN — série photographique

HUMAN est une série photographique de Chouf qui questionne et déconstruit les rôles de genre et les clichés qui s'y rattachent.

Chouftouhonna — festival d'arts féministe

Chouftouhonna (« vous les avez vues » en arabe tunisien) est un festival d'arts féministe lancé par Chouf en 2015 comme initiative autogérée dans la Tunisie post-révolutionnaire — créé par et pour les femmes et les personnes s'identifiant comme femmes. Présenté comme le seul festival de ce type dans la région, il a rassemblé des centaines d'artistes venu·es de dizaines de pays pour des expositions, des projections, des performances, des ateliers et des conférences sur des questions féministes, tout en défiant délibérément les rôles de genre, le patriarcat et les privilèges de classe — y compris le monopole cis-masculin et élitiste sur les arts.

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Mawjoudin : Initiative pour l'égalité (Tunisie)
M
Mawjoudin
Initiative pour l'égalité — « Nous existons » (Tunisie)
OrganisationSOGIESCTunisie

À propos de l'organisation

Mawjoudin (موجودين, « nous existons » en arabe) — Mawjoudin : Initiative pour l'égalité — est une organisation tunisienne à but non lucratif, agréée depuis 2014, qui œuvre à l'intersection des droits humains, de l'autonomie corporelle et des droits sexuels. Ancrée dans une approche intersectionnelle, elle milite pour une société libre de toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, l'identité et l'expression de genre et les caractéristiques sexuelles (SOGIESC), où les sexualités et les expressions de genre non normatives sont reconnues, respectées et non criminalisées.

Mawjoudin poursuit cette vision à travers un éventail d'activités : documentation juridique et des droits humains, plaidoyer aux niveaux national et régional, renforcement des capacités communautaires, sensibilisation et création d'espaces sûrs pour les personnes queers en Tunisie. L'organisation soutient aussi activement la production artistique queer comme outil de visibilité et de résistance. Au cœur de son travail, elle cherche à bâtir une communauté plus forte et mieux informée — qui connaît ses droits et dispose des outils pour les défendre.

Domaines d'action

Plaidoyer droits humainsDroits SOGIESCDocumentation juridiqueRenforcement des capacitésEspaces sûrsSensibilisationArts & culture queersIntersectionnalitéÉgalité de genreAutonomie corporelle

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Damj — Association tunisienne pour la justice et l'égalité
D
Damj
Association tunisienne pour la justice et l'égalité
AssociationDroits humainsTunisie

À propos de l'organisation

Damj (دمج, « inclusion » en arabe) — l'Association tunisienne pour la justice et l'égalité — est une organisation de défense des droits humains qui promeut la justice, l'égalité et l'inclusion de la communauté LGBTIQ+ en Tunisie. Elle a été fondée en 2002 (et légalement enregistrée en 2011) pour protéger les droits des personnes marginalisées confrontées à la criminalisation et à la discrimination en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre.

L'organisation œuvre à la décriminalisation de l'homosexualité et des identités de genre diverses — notamment par des efforts visant à abroger l'article 230 du Code pénal tunisien — en s'appuyant sur la réforme juridique, des événements de mise en réseau et des rencontres communautaires, et la collaboration avec des partenaires de la société civile. Son plaidoyer s'étend aux niveaux national et international, en partenariat avec des organisations de droits humains, pour faire progresser l'autonomisation juridique de la communauté queer en Tunisie. En parallèle, Damj offre protection, assistance juridique et renforcement des capacités aux personnes et aux militant·es queers.

Dans ce travail, Damj est elle-même confrontée à de graves violations et menaces — discriminations, violences, campagnes de diffamation et arrestations injustes de ses salarié·es et de ses membres.

Note d'archivage : NACSP ne détient aucun de ces contenus et ne revendique aucun droit sur eux. Damj et l'ensemble de ses publications appartiennent à leurs créateur·ices d'origine. Ces fichiers sont reproduits ici uniquement dans le cadre de notre travail d'archivage et de préservation, afin de garder ce travail communautaire accessible. Si vous êtes titulaire de droits et souhaitez le retrait d'un fichier, merci de nous contacter.

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